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Depuis quelques semaines, il y a une véritable chasse aux sorciers dans les villages aux alentours de Moundou. Chasse aux sorciers au plein sens du terme. Plusieurs villages dans le Logone Occidental, dont Tilo, Koro, Mbalkabra, pour ne citer que ceux-là, ont été le théâtre de lynchages d'individus accusés d'avoir été à l'origine de la mort de quelques villageois. A Koro, un jeune a été accusé de sorcellerie et lynché jusqu'à ce que mort s'en suive. Hier dans l'après-midi, c'était tout Mbalkabra qui a été pris à son tour par l'hystérie collective des chasseurs de sorciers. Des bandes d'individus, armés de gourdins et d'instruments ou de matériels de toutes sortes, débarquent chez des personnes soupçonnés d'être sorciers, les passent à tabac et détruisent leurs habitations. Un phénomène apporte de l'eau au moulin : un individu tombe raide, convulse et tient des propos délirants. On désigne tout de suite le coupable. On l'amène par la force auprès de la victime et on lui demande de l'asperger avec de l'eau. Le sorcier obtempère et la victime se lève. Ceci est loin d'être une preuve de sorcellerie. Mais le simulacre est exclu. Et pour les témoins d'un tel spectacle, c'est une preuve suffisante pour s'en prendre violemment au sorcier. A Mbalkabra, il y a une brigade de la gendarmerie, mes les gendarmes eux-mêmes sont convaincus de la réalité de la sorcellerie. Ils passent parfois eux-mêmes à tabac les individus accusés de sorcellerie et qui ont été traînés à la brigade. A l'heure où ces lignes sont écrites, certaines personnes ne savent pas où trouver refuge. . Surtout pas auprès des autorités locales puisque ces autorités prennent le parti des lyncheurs. Certains "sorciers" se sont enfuis vers le Cameroun


Ces événements posent le problème de l'autorité de l'Etat au Tchad en matière de protection des biens et des personnes. Dans notre pays, il n'y a pas de justice pour ces genres de situation. On dirait que l'Etat s'en fout, même en cas de mort d'hommes. Chacun se charge de se rendre justice jusqu'à venger la mort d'un proche victime de sorcellerie. Les pouvoirs publics laissent faire. Les lyncheurs ne sont jamais inquiétés. L'inexistence d'une véritable politique en manière de santé fait qu'on peut mourir de n'importe quoi au Tchad. Il est normal dans l'esprit humain, de rechercher les cause de mort. Au village comme en ville, à l'hôpital comme à la maison, il est souvent impossible de déterminer les causes de décès. Dans les hôpitaux publics du Tchad, il n'y a pratiquement rien pour mener les diagnostics, et d'émettre des pronostics. Dans un tel contexte, la phénomène de la sorcellerie a droit de cité, comme dans l'Europe du XVIIIe siècle. Les morts subites sont fréquentes au Tchad, puisque les Tchadiens ont des facteurs de risque cardiovasculaires comme le reste de la population mondiale (diabète, tabac, hypertension, etc). Les Tchadiens sont donc exposés aux arrêts cardiaques, donc  à la mort subite. Malheureusement, quand un arrêt cardiaque survient, on cherche le coupable. On désigne un individu et immédiatement, il est lynché. Malheureusement souvent, sans suite. Même un accès palustre peut prendre un tableau psychiatrique, avec des comportements et propos délirants. Mais ne dîtes pas au villageois qu'il s'agit d'un paludisme pernicieux. Il ne vous croiront pas. Ils chercheront leur coupable et ils le lyncheront et se rendront justice, en l'absence de l'autorité de l'Etat quand il s'agit de protection des biens et des personnes.

Ainsi va le Tchad profond en 2013

BELEMGOTO Macaoura

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